Vous trouverez ci-dessous un extrait de ma première longue nouvelle. Elle ne faisait pas loin d'une quarantaine de pages de romans. J'avais 19 ans lorsque je l'ai écrite. Ca peut paraître bête, mais à l'époque c'était important pour moi d'être arrivé à écrire quelque chose d'aussi long sans qu'il ne s'agisse d'un scénario.


Rencontre fortuite


- 1 - A l'horizon commence le mystère

Son dernier souvenir remontait au début de l'année dernière. Avant, il avait beau essayer de se rappeler, à part son nom Yeb, rien, le trou noir. Au début cela l'avait vraiment tracassé, mais la vie tumultueuse qu'il menait lui avait de moins en moins laissé le loisir d'y penser. Cependant, aujourd'hui, cette histoire lui trottait dans la tête, il faut dire qu'il était fatigué, car cela faisait trois semaines qu'il chevauchait sur une terre aride où poussait une herbe jaunâtre et quelques buissons d'épineux. Trois semaines qu'il passait son temps à chercher des points d'eau, à éviter les hordes de pillards et à manger de petits reptiles rôtis. Il commençait à en avoir vraiment assez de cette steppe, il voulait dormir dans un bon lit de paille et boire une chope d'alcool de Glibiss. Il avait aussi envie de voir du monde et surtout des femmes, la solitude commençait à lui peser. Si seulement il pouvait croiser, ne serait-ce qu'un village. A cette pensée, il scruta une nouvelle fois l'horizon, toujours rien... A moins que..? Là-bas, à gauche, il lui sembla soudain apercevoir quelque chose, une sorte de muraille sombre, ou encore des falaises ou des rochers.
Quoique ceci puisse être, ça me changera de ces mornes paysages de steppes, en avant ! Pensa-t-il, en tirant sur la bride de son destrier pour lui intimer l'ordre d'aller à gauche.
Il parcourut encore la steppe durant plusieurs heures avant d'arriver en face de la forme sombre qui avait attiré son attention au matin. Il ne s'était pas trompé, c'était bien une muraille construite avec d'énormes blocs de pierres de couleur noire, salis par le sable de la plaine. Sa construction avait dû être l'œuvre d'un titan. C'était impressionnant, d'une forme circulaire et d'un diamètre d'environ 500 mètres, elle atteignait plus d'une trentaine de mètres de haut. A ses pieds se trouvaient de nombreux baraquements fait de bois, de boue et de feuilles séchées qui s'étalaient sur un large espace tout du long. Et derrière elle, seul apparaissait le haut d'une tour. Il devait s'agir du donjon de l'incroyable édifice.
_ Enfin la civilisation, se félicita-t-il tout de même. Il arrivait aux abords des premières baraques, quand parvint à ses narines une odeur de graisse animale et de chaires brûlées, révélant une activité artisanale et commerçante. S'apprêtant à pénétrer dans l'enchevêtrement que formaient les différentes huttes et cabanes, il fut stoppé net par un vieillard barbu et hirsute sorti de nulle part, juste devant sa monture qui se cabra, manquant de le jeter à terre.
_ Halte étranger, qui es tu pour venir des steppes dans cet endroit perdu et puant. Si tu es là pour faire fortune retourne d'où tu viens, si c'est l'aventure qui te guide, sache que tu ne trouveras ici nul n'ayant besoin de tes services, et si par malheur tu es arrivé en cet endroit par hasard, alors crains le pire, personne n'envierait pareil destin, affirma-t-il comme s'il avait récité une litanie.
_ Salut à toi. Merci pour ta mise en garde, mais il y a trois semaines que je parcours cette steppe monotone, et je suis trop heureux de rencontrer enfin un endroit animé sur mon chemin. Aussi, je t'en serai reconnaissant si tu voulais bien m'indiquer une auberge où je pourrai avaler quelques boissons pour me réchauffer les membres et le cœur, lui répondit-il souriant.
Le vieil homme en guenilles dévisagea Yeb qui se tenait droit sur son cheval, l'air attentif.
Il n'avait pas l'air d'un simple mercenaire : les traits de son visage étaient fins, son nez droit et ses yeux marron clair lançaient un regard perçant contrastant avec ses longs cheveux noirs de geai. Ceux-ci étaient tressés en une natte lui tombant au milieu du dos et dont quelques mèches s'échappaient sur son front. Par contre, son accoutrement était constitué de lourdes fourrures cousues entres elles par du grossier fil de lin, et il ressemblait fort aux vêtements des pillards de la steppe. Son arme, une épée au pommeau finement ciselée rangée dans un fourreau, pendait à son côté. Il avait aussi un carquois de flèches accroché dans le dos, quant à son arc, il était attaché contre le flanc droit de sa monture. En fait s'il n'avait pas porté des fourrures grossières, il serait certainement passé pour un guerrier de la noblesse.
_ Fais en à ta guise nigaud, mais débrouilles toi tout seul ! Lui lança à la figure le vieillard avant de disparaître en quatre enjambées derrière une sorte de hutte.
Après un instant d'hésitation, Yeb s'enfonça avec son destrier entre les premiers baraquements formant le taudis. Au fur et à mesure qu'il avançait, il se rendait compte que l'animation à laquelle il s'était attendu n'existait pas. Il errait en solitaire entre les cabanes, et avait le déplaisir de voir s'enfuir les quelques personnes qu'il apercevait au loin. Continuant tout de même de suivre les étroits chemins de terre se dirigeant vers la muraille, il entendit le son d'une trompe provenant certainement du donjon. Elle joua trois notes lugubres et lancinantes. Il se mit alors à longer les remparts en quête d'un portail, qu'il trouva bientôt.

Juste à une vingtaine de mètres devant lui se trouvait ouverte une imposante porte de bois noirci, renforcée et cloutée de fer. Une procession d'hommes en sortait. Intrigué par cette activité, Yeb descendit de son cheval qu'il attacha fermement à un poteau soutenant le toit d'un abri. Il s’était dit que si l'on tentait de le lui voler, son destrier se débattrait, arracherait le poteau et le toit s'écroulerait faisant suffisamment de raffut pour l'avertir et peut-être même pour faire fuir les truands.
Il se dirigea donc à pieds vers les autochtones qui sortaient, en prenant soin de se dissimuler pour ne pas attirer leur attention. Arrivé à moins de dix mètres, il se cacha près d'un remblai de terrain et observa la scène. Des hommes en guenilles aux visages moroses et sales, paraissant fourbus, sortaient par le portail sous la garde d'une dizaine de petites brutes hargneuses ressemblant à des pillards, et qui par la menace de leurs fouets les faisaient se hâter. Une fois que tous les hommes furent sortis, et qu'ils commençaient à se disperser, les gardes chiourmes rentrèrent et le grand portail se referma en faisant grincer ses gonds.
Yeb, détournant alors la tête, vit soudain à deux pas de lui un homme qui l'observait. C'était à n'en pas douter un de ceux qu'il avait vu sortir. Immobile, la main sur son pommeau d'épée, Yeb l'interrogea du regard. L'homme fit un pas en arrière, puis eut l'air de se forcer à réfréner son envie de fuir et le questionna finalement d'une voix penaude.
_ Qui êtes-vous et pourquoi nous observiez vous ?
_ N'ayez crainte, je ne viens pas chercher querelle, mais dernièrement j'ai erré longtemps dans la steppe. Donc lorsque j'ai aperçu ce village, j'y suis entré, avec l'idée de boire une bonne chope à la table d'une taverne et de pousser la chansonnette avec quelques amis d'un soir… J'avoue que de ce côté là, je suis plutôt déçu, ajouta Yeb avec un demi sourire, en retirant la main de sa lame.
L'homme le dévisagea de pied en cap avant de lui demander d'une voix inquiète et rapide :
_ On vous a vu entrer au le village?
_ Oui, il y a eu un vieillard qui m'a mis en garde, et puis aussi lorsque je le traversais, quelques gamins qui se sont enfuis à mon approche.
_ Ce n'est pas cela que je voulais dire : y a-t-il des gens sur les remparts qui auraient pu vous voir, expliqua l'homme dont le ton avait gagné en assurance.
_ Hum... je ne crois pas, je n'en ai pas vu.
_ J'espère que vous ne vous trompez pas... écoutez moi, il ne faut pas que vous restiez ici, il faut vous cacher, car si les gardes vous repèrent, ils vous tueront ou au mieux vous réduiront en esclavage. Suivez-moi, je vais vous montrer une cache, dit-il les yeux soudain brillants d'excitation.
_ Doucement l'ami. Je ne vous connais pas, qu'est-ce qui me prouve que vous n'allez pas m'entraîner dans un traquenard, fit remarquer Yeb, en fronçant les sourcils.
_ Je suis un esclave du seigneur blanc comme nous tous ici, et je hais ces sales vurles de gardes qui nous maltraitent à longueur de journée. Sans compter que vous pourrez peut-être nous aider. Je vous en prie, faites-moi confiance, implora-t-il avec vigueur.
_ D'accord je vous suis, mais vous devrez aussi trouver une planque pour mon cheval qui est attaché là-bas, expliqua-t-il, en montrant du doigt sa monture qui attendait paisiblement, dodelinant parfois de la tête, à coté de la petite hutte.
_ On s'arrangera, allons le chercher, lança-t-il en même tant qu'il commençait de partir en sautillant sur le chemin caillouteux. Yeb arrangea son arme à sa ceinture et partit à sa suite d'un pas décidé.


- 2 - Changement de parcours

Le soir était tombé, Yeb voyait cela par les trous qu'il y avait dans la toile de lin servant de porte au baraquement dans lequel il se trouvait. Ca faisait maintenant un bout de temps, qu'il était assis par terre, le dos contre la paroi de bois et de boue séchée. Les yeux mis clos, il méditait. Il se remémorait les divers événements de la journée, essayant d'en tirer des conclusions. La première qui s'imposa à son esprit, était qu'avec tout cela, il n'avait pas encore fait un repas et que son estomac criait famine. Quand à la seconde elle était simple, il devait se rendre à l'évidence : la steppe et tout ce qui s'y trouvait était morne et sans grand intérêt. Ce qui lui restait de mieux à faire, c'était d'essayer de grappiller de quoi manger à ses ennuyeux hôtes, puis de partir le lendemain aux aurores, sans éveiller leur attention. L'unique ennui, c'est qu'ainsi, il retournait directement dans la steppe qu’il avait voulu fuir. Il ne voulait plus y déambuler longtemps. Il lui fallait trouver des informations sur le plus court chemin praticable pour en sortir…
Un bruit de chuchotements et de piétinements au dehors le tira de sa réflexion. Sans faire de bruits, il se releva avec la souplesse et l'agilité d'un chat, dégaina son épée et alla se poster contre le mur à côté de l'ouverture. La toile de lin se souleva et l'homme qui l'avait conduit ici apparut. D'autres personnes, similaires de part leurs vêtements miteux, entrèrent à sa suite. Mais Yeb, avant que le premier ne l’eut aperçu, avait eu le réflexe de ranger sa lame pour ne pas les effrayer. Et la main qui tenait son épée une seconde plus tôt, se contentât de faire un signe amical.
Les dix hommes qui étaient entrés s'assirent par terre. Yeb en fit autant, et l'un d'entre eux lui donna une sorte de gamelle dans laquelle se trouvait une bouillie informe.
_ Mange étranger, ça te donnera des forces.
Yeb regarda son écuelle avec une singulière expression de dégoût, pensant qu'il n'avait vraiment pas eu de chance de tomber sur un village si accueillant, et qu'en fait, les lézards des steppes semblaient être un met raffiné par ici.
_ Allons Vèdge ne soit pas si dur avec lui, regarde la tête qu'il fait. Si l'on t'avait servi une telle mixture il y a huit mois, tu l'aurais jeté à la face de l'aubergiste, remarqua un petit homme de l'assemblée.
_ Je sais bien, mais as-tu autre chose à lui proposer ? Hein ! Au lieu de critiquer, lui répondit-il d'une voix bourrue.
_ Du calme tous les deux. Ecoutez étranger, cette purée a quelque peu un aspect repoussant, mais elle est très nourrissante, donc si vous avez faim, je vous conseille de la manger. Durant votre repas nous vous expliquerons qui nous sommes et ce qui se trame en ces lieux reculés, déclara calmement mais fermement un jeune homme au regard intense et à priori en meilleure forme physique que ses compagnons.

Etant d'un naturel méfiant, Yeb se posait la question de savoir si cette bouillie ne risquait pas d'être empoisonnée ? Croisant le regard interrogateur de ses hôtes, il exprima tout haut sa pensée : Si vous aviez voulu m’empoisonner, cela aurait été très mal joué de votre part de me servir un met si repoussant, n’est-ce pas ?
D'abord surpris par les paroles de Yeb, les dix hôtes finirent par rire, ce qui le persuada définitivement de manger.
_ Tu as le sens de l'humour, c'est une bonne chose... mais d’abord, comment t'appelles-tu ? Qui es-tu ? Et que faisais-tu à rôder seul dans la steppe ? Demanda le jeune homme qui semblait être blond sous la crasse qui fonçait ses cheveux. Moi, je me nomme Evrik, et mes compagnons se présenteront tout à l'heure.
_ Et bien Evrik, dit yeb en se forçant à avaler une bouchée compacte de sa mixture. Je m'appelle Yeb. Je suis un aventurier doublé d'une fine lame qui vend parfois ses services, et qui parfois part à la recherche de nouveauté exotique. C'est ainsi que je me suis retrouvé dans la steppe, conclut-il en fixant Evrik avec un léger sourire en coin.
_ Donc vous êtes un guerrier, pointa Evrik l'air intéressé.
_ En effet, admit Yeb soudain légèrement soucieux des intentions de son hôte.

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