Vous trouverez ci-dessous l'extrait d'un scénario que j'ai écrit avec l'idée d'un court métrage à l'image très travaillée, sans doute intégrant des images de synthèse.


Big Bang


Séquence 1 _ Intérieur vaste pièce ouverte. Aube

Les cheveux noir de jais, le teint laiteux de la porcelaine, les cils et les sourcils de givre abritant des yeux d’un bleu épousant une clarté lunaire. Un nez parfaitement proportionné au-dessus de lèvres fines mais non dénuées d’un pouvoir charnel : une symétrie parfaite dans tous les traits qui composent son visage.
De longues mains aux doigts ciselés qui laissent apparaître des ongles bleu-argent, sont croisées l’une sur l’autre contre ses genoux.
La jeune femme est assise sur un siège de méditation posé sur un tatami en paille de riz, recouvert de jonc tressé. La grande pièce qui abrite sa présence est empreinte de la sobriété de l’art de vivre du japon ancestral. Des shojis (cloisons de papier de riz comportant des lattes de bois horizontales et verticales formant des rectangles) en définissent les limites.
En face d’elle, les cloisons ouvertes, révèlent un espace infini et plat où l’horizon se perd dans un ciel bleu sans nuage, où l’on voit poindre un astre lumineux. Les seules excroissances du terrain glacé qui s’étend à perte de vue, proviennent de la cristallisation de la glace bleutée qui forme, ici et là, de petites et grandes structures géométriques rappelant les agencements naturels des structures minérales.
Ce paysage figé sonne silencieusement, à l’unisson avec l’immobilité totale de la jeune femme méditative, simplement vêtue d’un kimono en satin gris argent.
Soudain, le visage parfaitement harmonieux semble perdre un peu de sa sérénité, alors que son regard sort de la contemplation du paysage pour s’appesantir sur un petit agglomérat de poussière qui roule sur sa droite lentement balayé par une brise ténue.
Une incompréhension naît dans le regard de la jeune femme.
C’est alors qu’un bruit de pas pressés heurtant les lattes en bois d’un couloir se fait entendre au loin. Et au fur et à mesure que le son devient plus présent, les cloisons commencent à trembler imperceptiblement, en même temps qu’une brise se met à faire osciller légèrement les shojis.
La jeune femme semble se préoccuper de ces détails au point d’en être affecté, sa respiration devenant à présent perceptible. Et un cillement nerveux trahit l'apparition d’un malaise sur l’expression de son visage, qui elle n’a pourtant pas variée.
Soudain, le bruit de pas s’arrête et l’on entend s’ouvrir vigoureusement l’un des shojis derrière elle.
Une goutte de sueur légère perle le long de sa tempe. Ses pupilles sont dilatées et ses yeux semblent chercher du regard une inaccessible solution.
Puis, en une fraction de seconde, les pupilles se rétractent et son regard s’immobilise à nouveau : mais à présent, il recèle une âpreté nouvelle.
La goutte de sueur qui perlait se cristallise, gelée. Stoppant net sa descente le long de la pommette saillante d’un visage qui a retrouvé une parfaite fixité.
C’est alors que, sans esquisser un geste, la jeune femme se retourne avec son siège, mue par une force invisible qui semble lui avoir épargné le moindre mouvement.
En face d’elle, dans l’ouverture béante d’un panneau de bois, se trouve un jeune homme qui lui adresse toute l’ironie de son sourire.
En retour, la jeune femme ne daigne lui accorder que la sévérité de son regard.
Le jeune homme a l’air d’un vieil adolescent espiègle, ses cheveux mi-longs, blonds, sont en bataille, il porte une barbe de trois jours et la moitié de son visage est masqué par un étrange masque qui reprend la forme de la partie yang du motif du Yin et du Yang et qui représente un visage exagérément féminin.
Le visage de l’adolescent est bien dessiné : ses yeux perçants, son nez légèrement busqué, ses pommettes saillantes ainsi que ses lèvres charnues lui donnent un côté particulièrement sensuel qui agrémente avec bonheur son côté négligé.
Ses yeux ont la particularité d’être chacun de couleurs différentes : noisette pour l’un, vert pâle pour l’autre (l’oeil sous le masque).
Les vêtements dont il s’affuble sont dépareillés et particulièrement étranges. Ils semblent appartenir à plusieurs époques.
Ainsi, porte-t-il une chemise en soie rose au col échancré ayant un côté très disco, sur laquelle une élégante veste noire au col mao vient s’agencer. En dessous, c’est un pantalon en croûte de cuir pourpre, aux froissures délavées, qui l’habille. De gros œillets créant des petits trous au niveau du genou gauche, ainsi que des pointes chromés au niveau de la cuisse droite sont autant d’ornements agrémentant celui-ci.
A ce tableau haut en couleurs, vient s’ajouter un long manteau dissymétrique arborant deux teintes distinctes (le vert sombre et la couleur crème). Ce manteau ayant l’originalité d’être composé de deux moitiés jointes entre elles dans le dos, à l’aide de boucles de ceintures.
Pour finir, des bottines en cuir usé, à la mode des épéistes de la renaissance, viennent parachever son accoutrement hétéroclite.

L’adolescent qui se tient immobile, éclate alors d’un grand rire cristallin et sonore qui va se perdre dans la vaste pièce. Ce débordement brisant le silence ne déride d’aucune manière la jeune femme qui lui fait face.


Adolescent
Dans la voix de l’adolescent comme dans sa posture se lit un air de désinvolture et de défi. De plus, celui-ci module sa voix de telle sorte qu’il lui imprime un timbre passant du clair au suave.

Je vois que ma présence te fait plus d’effet qu’avant ! Tu m’en vois ravi chère sœur. T’aurais-je manqué ?

Une voix se fait entendre en retour, bien que la jeune femme n’entrouvre pas les lèvres. Cette voix est profonde et aérienne, mais malgré la quiétude du timbre, elle laisse résonner une lointaine menace.

Jeune femme
Ta vue m’est toujours exécrable… Encore plus…

Adolescent
Qu’avant ? Allez, fait un effort je suis sûr qu’en ma présence, tu peux y arriver !

La jeune femme ne répond pas.

Adolescent
Je suis sûr que tu te demandes comment cela se fait ?... Eh oui, j’ai grandi !… Alors que toi… c’est pathétique comme tu n’as pas changé d’un iota. Depuis tout ce temps, je te retrouve tel quel, à un point que c’en est impressionnant.

Jeune femme
Toujours parfaitement immobile.

Je savais que ce jour arriverait.

Adolescent
Ce jour ? A ce que je vois mon aura s’est grandement affermie pour que je parvienne à te faire sortir une telle absurdité… (Il insiste lourdement sur ce dernier terme) Ma chère sœur, toi qui ignore l’emprise du temps. Ce jour ?

A ces mots on devine un fort désarroi s’emparer de sa sœur, qui ne peut s’empêcher de cligner des yeux, et dont les pupilles se rétractent. Mais passé cet instant, son visage retrouve sa sérénité.

Jeune femme
D’une voix qui tout en restant calme se fait réellement menaçante.

Tu es bien audacieux de venir me défier ainsi en mon centre. Croyais-tu qu’en changeant l’apparence de ton unité je ne te reconnaîtrais pas ?

Adolescent
Je n’ai pas changé mon apparence Ellia, celle-ci change d’elle-même, avec le temps, ça s’appelle grandir ! Souviens-toi, tu as déjà vu ça, lorsque père nous emmenait voir le vivant. Ne te souviens-tu plus de tous ces magnifiques végétaux et créatures qui évoluaient sous nos yeux ?

A cet instant un petit miaulement se fait entendre et un grand chaton apparaît d’un petit bond dans l’embrasure de la porte. Le chat regarde la pièce l’air intrigué, puis miaule une nouvelle fois en se frottant contre le pantalon de l’adolescent.
A cette vue, Ellia, l’air pétrifiée de stupeur, ouvre de grands yeux terrifiés.


Ellia
Toujours sans ouvrir la bouche, mais avec une voix qui a perdu de sa sérénité.

Comment as-tu pu ? Ce n’est pas possible.

Adolescent
Ca t’étonne ! Vois-tu, il n’y a pas que mon physique qui a évolué, ma puissance s’est elle aussi accrue… et ce que j’étais incapable de te cacher auparavant, je le puis aujourd’hui.

A ces paroles le petit chat se met à s’avancer tranquillement vers Ellia. Qui, même si elle n’esquisse toujours pas le moindre mouvement, semble sur le point de défaillir.
C’est alors qu’avec un léger crissement, une épaisse pellicule de givre se forme en cercle tout autour d’Ellia, et atteint le petit chat qui miaule de stupeur avant que celle-ci ne le parcours et ne le gèle sur place : l’immobilisant, tout poiles hérissés, sous une fine pellicule de glace.


Ellia
Tu veux jouer mon frère ? Aurais-tu oublié le cercueil de glace que je te réservais et qui te faisait si peur ?

A ces mots, la pellicule de glace au sol qui s’était arrêtée de progresser, reprend sa rapide progression.
Voyant cela, le jeune homme sort de son manteau une espèce de fusil arbalète (donc l’aspect chromé et moulé d’une seule pièce est extraordinaire) et tire un aiguillon argenté en direction de sa sœur. Celle-ci pour la première fois esquisse un léger mouvement de recule les yeux écarquillés, en même temps que l’aiguillon la touche au niveau de la poitrine. Cependant, en arrivant contre le tissu du kimono l’aiguille éclate en poussière de givre. L’instant suivant toute la pièce est totalement glacée, laissant le jeune homme figé sous une pellicule de plus d’un centimètre de glace et de givre. Tandis qu’Ellia a repris une attitude parfaitement sereine.


Le givre te va si bien mon frère… Pour la première fois, je vais apprécier ta présence à mes côtés…

C’est alors qu’un étrange et inattendu personnage pénètre par l’ouverture du shoji, faisant à nouveau écarquiller de stupeur les yeux d’Ellia, qui s’oriente immédiatement vers lui.
L’homme qui vient d’entrer a le physique d’un guerrier masaï (grand, svelte et musclé, le regard azur et digne) et la peau bleu clair luisante comme s’il s’était huilé le corps. Seul un genre de short avec des petites pièces d’armures préserve sa nudité. Etrangement sa peau nue ne semble pas adhérer sur la glace et l’atmosphère glacée ne paraît pas le gêner outre mesure. Il fait deux pas lent en direction d’Ellia (cet homme se déplace dans l’espace en optimisant au maximum tous ces gestes de manière à faire un minimum de mouvements) puis il s’agenouille en face d’elle. Là, il s’incline lentement et se met à parler d’une voix douce et vibrante.


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